Janvier 2015
Lettre aux Responsables - la laïcité – Janvier 2015
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de Paula Pinto Gomes, Chef de rubrique Famille.
Vous avez rencontré la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem. Comment compte-
elle agir ?
Valérie Marty
: La ministre a consulté les syndicats de l’éducation et les fédérations de parents d'élèves
afin de recueillir des informations concernant l’hommage aux victimes des attentats dans les
établissements scolaires. Elle voulait également savoir comment les parents avaient géré la situation.
Madame Vallaud-Belkacem
souhaite mobiliser la communauté éducative autour de l’enseignement des
grandes valeurs républicaines. Elle a rappelé qu’on ne pouvait en rester là, après les manifestations de
dimanche, et qu’il fallait s’appuyer sur cette mobilisation massive des citoyens et sur la prise de
conscience pour s’emparer des vrais problèmes liés à la laïcité et aux difficultés du vivre ensemble.
Enfin, la ministre nous a confirmé la mise en place d’un enseignement moral et civique, dès la rentrée
2015, un contenu sur lequel les fédérations de parents d’élèves n’avaient pas été consultées.
Vous souhaitez que les parents d’élèves puissent participer à
l’éducation morale et civique
.
De quelle manière et dans quel cadre ?
V. M.
: Il est important que les parents puissent participer aux discussions. Ils pourraient le faire dans
le cadre du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) qui traite de toutes les questions
du bien-être de l’élève. Cette instance, qui n’existe que dans le secondaire, pourrait animer des débats
sur les sujets de société liés à la laïcité ou du vivre ensemble avec les parents et les enseignants. Pour
le primaire, c’est un peu plus compliqué, mais cela reste possible dans le cadre des cafés des parents,
en collaboration avec d’autres fédérations de parents d’élèves. Aujourd’hui, il n’existe pas de place
publique pour ce genre de débats. Les parents ne savent pas toujours ce qu’apprennent leurs enfants.
Et en cas de conflit dans un établissement, ils ne peuvent pas intervenir.
Vous demandez également « plus de transparence », qu’entendez-vous par là ?
V. M. :
Les établissements communiquent très peu sur les problèmes liés à la laïcité ou aux valeurs
républicaines. Lorsqu’un enseignant s’oppose, par exemple, à l’enseignement du fait religieux, ce genre
de conflit est géré en catimini et les parents l’apprennent souvent par ouï-dire. Cette culture du secret
ne permet pas aux fédérations d’engager la discussion afin de remédier à des malentendus. Et elle
contribue à entretenir la défiance des parents à l’égard de l’école. Ces derniers ne comprennent pas
toujours ce que recouvrent certaines notions, comme la laïcité. Beaucoup confondent enseignement
civique et enseignement du fait religieux. L’école aurait donc tout intérêt à impliquer d’avantage les
familles pour faciliter le dialogue.
L’enseignement des valeurs républicaines et du fait religieux font déjà partie des
programmes scolaires. Pourtant, ces thématiques sont peu abordées, souvent parce que
les enseignants ne se sentent pas assez formés. Aujourd’hui, certains proposent
l’intervention d’associations agréées dans les établissements, qu’en pensez-vous ?
V. M.
: Cela ne me semble pas une bonne idée. Il y a déjà une défiance des parents à l’égard de l’école
et des enseignants, alors si ont fait entrer des associations qu’on ne connaît pas toujours très bien, cela
risque de faire peur aux familles. Cette initiative ne me paraît pas adaptée à des sujets aussi sensibles
et pourrait même s’avérer contre-productive. Il faudrait surtout mieux former les enseignants. L’école
porte ces questions, c’est un signe positif. Il ne faudrait pas qu’elle délègue dans ce domaine.


